Alors que les entreprises multiplient les dispositifs de « care » pour le bien-être des salariés, les modes collaboratifs et les valeurs de bienveillance, les salariés expriment un état de fatigue. Post Covid, de nombreuses organisations ont mis en place des dispositifs visant à détecter et traiter les risques-psycho-sociaux telle que la dépression. La santé mentale est devenue une cause nationale en 2025. La fatigue au travail n’est plus une plainte individuelle. Elle semble s’imposer aujourd’hui comme un phénomène touchant de plus en plus de salariés. Cette situation s’explique-t-elle par la charge de travail elle-même, par les modes de fonctionnement et/ou par un environnement propice à l’anxiété ?
Les limites du « care »
D’après l’Institut National d’Études Démographiques, près de huit personnes en emploi sur dix déclarent que la fatigue liée à leur activité professionnelle impacte directement leur vie privée. Selon un sondage publié par Le Monde à partir des données Odoxa, 66 % des Français se disaient déjà fatigués en 2022, contre 47 % en 2000. Plus inquiétant encore, près d’un tiers (32 %) évoquaient une fatigue extrême. Depuis La sortie du Covid et l’émergence du télétravail, les entreprises ont multiplié les démarches de « Care » (prendre soin des collaborateurs et développer le bien-être) avec la mise en avant de la bienveillance, de l’écoute, de la responsabilité mutuelle et de la prise en compte de la dimension humaine au travers de formations, sensibilisations et enquêtes. Selon les chiffres, ces actions n’ont eu que peu d’impact sur le sentiment de fatigue généralisée que semblent vivre de nombreux salariés. Cela pose la question de l’efficacité de ces actions et de l’origine de la fatigue. Cette dernière relève-t-elle de la charge de travail, des modes d’animation ou de l’organisation elle-même du travail ?
François Dupuy dans son dernier ouvrage mentionnait que les modes collaboratifs étaient très chronophages et complexifiaient les processus décisionnels. Le rapport IGAS « Qualité du travail, qualité de l’emploi : éléments de comparaisons internationales » (septembre 2025) explore les liens entre conditions de travail, pratiques managériales et santé des salariés. Il révèle que la France demeure en retrait par rapport à d’autres pays européens sur plusieurs points :
- Reconnaissance insuffisante du travail accompli ;
- Faible autonomie décisionnelle ;
- Management encore trop vertical.
Ces dimensions, lorsqu’elles sont déficientes, contribuent directement à la dégradation de la santé et à l’installation d’une fatigue psychologique chronique. Un second rapport, intitulé « Pratiques managériales » (IGAS, mars 2025) démontre que les modes de management autoritaires et peu participatifs génèrent davantage de risques psychosociaux et accentuent la fatigue.
Les principaux déterminants de la fatigue au travail
Les recherches récentes, notamment celles de la DARES (6) et de l’Eurofound (7), mettent en avant des facteurs de fatigue professionnelle :
Cet article a été publié dans Forbes le 12 novembre 2025.